DIS-LUI TOI QUE JE T'AIME - VANESSA PARADIS

DIS-LUI TOI QUE JE T'AIME - VANESSA PARADIS
Un jour, je suis née, c'était un 27 décembre 19...tralala. Ce qui s'est passé entre-temps, je n'en ai qu'un souvenir très vague, mais ce dont je me souviens très bien, c'est qu'à quatre ans et demi, je courais déja dans les champs de lavande, en Ardèche, en criant "crotte de bique" dès qu'une occasion favorable s'y présentait. C'est ainsi que bouts de caoutchouc, écrous, mégots de cigarettes écrasés (eh oui, même en Ardèche) se virent regrouppés sous un même terme "pas très convenable", aurait dit ma maîtresse de l'époque, qui... Non, là j'invente. La seule chose dont je me souviens de ma maîtresse de deuxième section de maternelle, c'est qu'elle tomba enceinte l'année où c'était à moi et à mes camarades de maternelle du même âge qu'elle apprenait à aligner les "c", les "h", les "a" et les "t" (les camarades de grande section se chargeant des mots moins compliqués, mais plus utiles dans l'univers impitoyable des bac à sables et des "qui va à la chasse, perd sa place": caca ou même merde, dans les cas les plus extrèmes), pour former un mot qui devint plus tard mon animal préféré, mais c'est une autre histoire. Me voilà encore en train de passer d'un sujet à l'autre sans suivre de chronologie précise. Je doute que mon histoire soit très compréhensible. Toujours est-il qu'elle tomba enceinte, événement qui changea totalement le cours des choses dans le petit bâtiment grisâtre de la maternelle: la méchante maîtresse qui nous forçait à aligner des lettres devint, du jour au lendemain, notre dieu, notre soleil. La récréation se passait à essayer de se frayer un chemin à travers la masse compacte quasi-impénétrable (qui s'apparentait plutôt à un groupe de poules se battant pour un ver de terre) qui entourait la nouvelle déesse, ou le ver de terre, si vous préférez, puis trouver une place qu'on pourrait conserver le plus longtemps possible et où la vue sur le nombril de la future maman serait la meilleure. Mais, ça, c'était pour les plus forts, les plus rapides. Ceux qui avaient déjà eu 5 ans en janvier. Les autres, ne parvenant pas à passer le mur de Berlin (oui, j'ai changé d'image, parce que les poules ca me branchait pas trop), avaient vite fait d'abandonner, et, vexés, se dirigeaient vers le coin lecture et ouvraient un "Oui-oui" à couverture cartonnée dont la page 7 manquait.

26 décembre 1992*

# Posté le jeudi 15 novembre 2007 17:40

Modifié le vendredi 06 juin 2008 04:51

MELODY - SERGE GAINSBOURG

MELODY - SERGE GAINSBOURG
Les gens jouent à la ronde sans moi. J'avais cru pouvoir passer entre deux mains, rentrer dans le jeu. J'avais cru. On croit souvent des choses. Ca arrive à tout le monde.


1997*

# Posté le vendredi 16 novembre 2007 11:02

Modifié le dimanche 30 mars 2008 08:10

THE MOST COURAGEOUS THING I'VE EVER DONE?

The most courageous thing I've ever done? ...I could have bungee jumped, and felt the high, the void, the speed, free falling with the feeling it will never stop, listening to my heart that would have been beating so fast and so loud that everyone in Estonia could have heard it clearly. I could have parachuted, and seen beautiful landscapes, going down slowly, in a flowing fall, making the most of every moment in the sky, dreaming of being a bird. I could also have diven, to see other sorts of environments, making friends among the fishes and enjoying all these both soft and criard colours of the ocean, flabbergasted by the beauty of this view. I could have motorcycled, I could have waterskiied, surfed or ski-jumped... Yes, really. I could have.


L'onde amère - Keren Ann

# Posté le vendredi 16 novembre 2007 13:39

Modifié le jeudi 23 avril 2009 13:14

NE DIS RIEN - SERGE GAINSBOURG & ANNA KARINA

NE DIS RIEN - SERGE GAINSBOURG & ANNA KARINA
"Flora, c'est quoi un manga?" Voilà le début de notre histoire, à nous. Un bout de chemin qu'on faisait ensemble, le ventre vide. On se parlait, mais en réalité on pensait à notre sac à dos trop lourd et au repas qui nous attendait à la maison. On s'imaginait des odeurs de saucisses grillées, de jambon fumé, de pommes de terre sautées, et on répondait "C'est une sorte de B.D à l'envers, c'est importé du Japon", les pensées voletant ailleurs, au pays des sandwich grecs et des hamburgers.
Je t'avoue, Flora, que je n'en avais rien à faire, de nos conversations. Je m'en fichais des mangas, je m'en foutais, du Japon. De tes carnets de vocabulaire de gros mots japonais dont tu me parlais en agitant les bras. Et je répondais "Oui!", l'air ravie, imaginant à ta place ma mère, me proposant une double pizza quatre fromages. Tout ce dont j'avais besoin, c'était d'une bonne poire qui m'accompagne jusqu'à la porte de chez moi et m'aide à chasser ma faim. C'était comme ça. Au début.
Mais un jour, on s'est transformées en Barbie et en Ken, tu m'as passé quelques mangas, que j'ai lu et aimés. Et c'était comme ça. Rien ne changeait, on continuait à rentrer ensemble, à penser aux nuggets et aux frites au ketchup qui nous attendaient à la maison, mais au carrefour, on s'arrêtait, on ouvrait nos sacs et on s'échangeait des mangas. "Tu me le rend Jeudi". Et je ne te le rendais pas Jeudi.

1999*

# Posté le samedi 17 novembre 2007 18:24

Modifié le mardi 25 mars 2008 12:55

DESERT - EMILIE SIMON

DESERT - EMILIE SIMON
"Tu vas inviter qui à ton anniversaire, Mélisse?". J'aurais jamais cru qu'une question pareille puisse me faire autant déraper. "Mon...anniversaire?". Mais les fontaines ne parlent pas, et je n'ai jamais dit ces mots là. Ce que c'est déstabilisant.
Il suffit d'un coup de coude involontaire pour faire tomber un débutant en patin à glace. Et on les connaît bien. Ils viennent de se relever, de lâcher la main du professeur, esquissent une première figure maladroite, tentant de rester debout, se balançant tantôt à droite, tantôt à gauche, de manière irrégulière, involontaire, échappant parfois de peu à la chute, se rattrappant à quelques centimètres du sol. Dans leur effort insensé pour rester debout, ils osent enfin relever les yeux du sol, et rencontrent le regard de leur professeur satisfait. Ils sourient faiblement. C'est à ce moment précis qu'ils sont le plus vulnérables. Il suffit d'un coup de coude.

J'écoute "One" et "Imagine" en boucle, j'ai des espoirs insensés, ma tête est à 2000 kilomètres de mon corps, de ma famille. De mon voisin d'allemand, de l'école, de l'anarchie, de la clé magnétique qui me sert à aller en cours tous les matins, du professeur de piano, des coupes au bol, de ma trousse, de mon téléphone. Ma chute sur le verglas se voit prolongée. Jusqu'à ce que les températures repassent au dessus de zéro, et que ça reparte grâce à un petit coup de moteur de la part de "Papa, maman". Je le connais bien, le tempo de la vie. Mon tempo. C'est que ça change souvent, tout ça, mais on s'y habitue. Un jour on se balance doucement en Andante, et le lendemain on se découvre en train de sautiller Allegro, criant de joie et chantant à tue tête. On prend même plaisir à travailler et à sauter par dessus les obstacles. C'est comme ça. Et moi, je laisse déjà tomber le rire de Vanessa Paradis au mot "sisters" pour l'ironie de Gainsbourg dans "Le poinçonneur des Lilas". On continue quand même. Qui vous autoriserait à vous laisser aller?

2003*

# Posté le samedi 24 novembre 2007 17:56

Modifié le mardi 25 mars 2008 12:56